Une jeune Ontarienne victime d’un choc septique après extraction des troisièmes molaires

April 29, 2010

Un article1 publié dans le journal Orangeville Banner raconte l'histoire
d'une jeune fille de 16 ans qui a subi de graves complications à la suite de l'extraction
de ses dents de sagesse. Mercedes Moore de Grand Valley (Ontario) a été victime d'un
choc septique après avoir subi une chirurgie en février 2009.
L'article explique comment l'infection s'est répandue jusqu'aux poumons et au cerveau, provoquant la formation de
caillots et plusieurs accidents vasculaires cérébraux. La jeune fille a finalement été
plongée dans un coma provoqué médicalement afin de traiter l'infection dans ses poumons
et son cerveau.

Mercedes est restée plus de 10 semaines à l'Hôpital
McMaster pour enfants malades de Hamilton (Ontario) avant d'être
transférée au Centre de réadaptation pour enfants Bloorview à
Toronto où elle a séjourné 5 mois 2. Elle souffre d'une paralysie
partielle au bras droit et à la jambe droite, et aura besoin de traitements de réadaptation supplémentaires.

Références

  1. Shaw J. Mercedes' wisdom teeth removal almost killed her.
    Orangeville Banner. 14 décembre 2009. Disponible à : www.orangeville.com/opinion/
    columns/article/245303--mercedes-wisdom-teeth-removal-almost-killed-her
    (accédé le 15 janv. 2010).
  2. Daponte C. Fundraiser for Mercedes Moore set for Oct. 10. Wellington Advertiser.
    Vol. 42, Issue 41. Disponible à :
    www.wellingtonadvertiser.com/index.cfm?page=detail&itmno=4449
    (accédé le 15 jan. 2010).

Commentaire du Dr George Sándor

L'article publié dans l'Orangeville Banner traite du cas triste et malheureux d'une
adolescente en bonne santé qui, à la suite de l'extraction de ses troisièmes
molaires, a subi des complications dues à une maladie très
rare appelée syndrome de Lemierre. Les lecteurs du JADC sont bien au fait
des nombreuses complications infectieuses inhabituelles reliées à l'extraction
des troisièmes molaires, dont l'angine de Ludwig1, la médiastinite,
une hémorragie parfois mortelle2 et la fasciite
nécrosante3.

Le syndrome de Lemierre peut résulter d'une infection oropharyngée.
Parmi les signes cliniques et radiographiques de la
maladie, on compte la présence d'une thrombose de la veine jugulaire
interne, d'emboles distaux et de pathogènes anaérobiques,
le plus commun étant le Fusobacterium necrophorum. C'est l'embolie
septique causée par la thrombophlébite de la
veine jugulaire interne qui mène à des complications du système nerveux
central, à des infections pulmonaires ou à d'autres
manifestations, y compris un choc septique. Cette maladie est tellement
rare qu'on l'appelait autrefois la «maladie oubliée».
Toutefois, des études récentes révèlent que le syndrome de Lemierre est
peut-être plus répandu qu'on ne le pense4. Certains
auteurs en attribuent l'incidence apparemment plus élevée aux pratiques
relatives à la prescription d'antibiotiques et à la
résistance aux antibiotiques4.

Étant donné que le syndrome de Lemierre résulte couramment d'une infection
oropharyngée survenant parfois à la suite
d'une amygdalectomie, il en est souvent question dans la littérature
d'otorhinolaryngologie. Bien que la première description
d'un cas de sepsie due à une infection de la gorge ait été attribuée à
Schottmuller en 19185, André Lemierre a publié,
en 1936 dans le Lancet, une série de cas traitant de 20 patients atteints
d'une septicémie à germes anaérobies résultant
d'une infection de la gorge6. Dix-huit de ces patients sont décédés. Le
syndrome de Lemierre est associé à un taux de mortalité
élevé et peut être la cause de morbidité grave chez les survivants. La
gestion efficace de cette maladie complexe et
relativement méconnue exige un indice élevé de suspicion, une connaissance
approfondie de la maladie et la collaboration
d'une équipe multidisciplinaire.

George Sándor, MD, DDS, PhD, FRCD(C), FRCSC, FACS, est professeur et
directeur clinique du programme d'études supérieures en
chirurgie buccale et maxillofaciale et en anesthésie à l'Université de
Toronto et à l'Hôpital Mount Sinai. Il est également coordonnateur
de la chirurgie buccale et maxillofaciale pour les enfants à l'Hôpital
pour les enfants malade et au Centre de réadaptation pour enfants
Bloorview à Toronto.

Références

  1. Sandor GK, Low DE, Judd PL, Davidson RJ. Antimicrobial treatment options in the management of odontogenic infections. J Can Dent Assoc.
    1998;64(7):508-14.
  2. Moghadam HG, Caminiti MF. Hémorragie menaçant la vie du patient après extraction des troisièmes molaires : étude de cas et protocole de
    traitement. J Can Dent Assoc. 2002;68(11):670-4.
  3. Fenton CF, Kertesz T, Baker G, Sandor GK. Necrotizing fasciitis of the face: a rare but significant clinical condition. J Can Dent Assoc. 2004;70(9):611-5.
  4. Karkos PD, Asrani S, Karkos CD, Leong SC, Theochari EG, Alexopoulou TD, et al. Lemierre's syndrome: a systemic review. Laryngoscope.
    2009;119(8):1552-9.
  5. Schottmuller H. Uber die Pathologentitat anaerober Bazillen. Dtsch Med Wochenschr. 1918;44:1440.
  6. Lemierre A. On certain septicaemias due to anaerobic organisms. Lancet. 1936;227(5874):701-3.

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