La recherche sur la santé buccodentaire à l’Université Dalhousie : un exemple de diversité et de collaboration

April 16, 2010

La recherche à tous les niveaux – depuis les premiers stades (l'énoncé de cette si importante «question de recherche») à la mise en oeuvre de vastes projets en collaboration – sous-tend le savoir qui définit toutes les disciplines et qui est ensuite mis en pratique. Il en va de même de la formation didactique et clinique des professionnels de la santé, y compris des dentistes et hygiénistes dentaires qui terminent avec succès les programmes offerts par la Faculté de médecine dentaire de l'Université Dalhousie. Ces activités ont toutes un élément en commun – le désir d'améliorer la santé buccodentaire et, par ricochet, l'état général de santé des patients.

Dans cette faculté réputée pour le caractère novateur de son enseignement et la qualité des expériences offertes aux étudiants, les activités de recherche – que l'on pense aux travaux novateurs de chercheurs comme les Drs Derek Jones et Michael Cohen, respectivement dans les domaines des matériaux dentaires et des troubles du tissue conjonctif – sont essentiellement menées dans l'ombre. Au cours de la dernière décennie, les activités de recherche ont connu une croissance exponentielle et la Faculté est sur le point de célébrer son 100e anniversaire en tant qu'établissement de recherche riche et diversifié. Les programmes qui y sont menés incluent des recherches fondamentales sur des pathogènes buccodentaires ou de nouveaux matériaux pour implant, des projets de recherche clinique examinant de nouvelles modalités de traitement, ainsi qu'une initiative de recherche en santé communautaire en plein essor axée sur les populations vulnérables. Nous vous présentons ci-après un bref aperçu de quelques-unes de ces activités qui témoignent de la diversité et de la collaboration de notre programme et qui font découvrir des projets susceptibles d'avoir une incidence sur la pratique clinique et les soins dans leur ensemble.

La recherche dans le domaine des sciences buccodentaires appliquées : du laboratoire au cabinet

Bon nombre des progrès réalisés dans les soins et les traitements des patients sont le résultat de projets de recherche d'abord menés en laboratoire. Dans le département des sciences buccodentaires appliquées, les membres du corps professoral poursuivent des activités sur les biomatériaux et la microbiologie, grâce à des fonds d'infrastructure et de fonctionnement. Il convient notamment de souligner les travaux du Dr Yung-Hua Li, qui visent à freiner la communication bactérienne et, ce faisant, la capacité de ces bactéries de former un biofilm tenace sur les implants ou à la surface des dents, ce qui les rend particulièrement résistantes aux antibiotiques et aux mécanismes naturels de défense de l'organisme. Récent récipiendaire d'une bourse de nouveau chercheur des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Dr Li travaille avec la bactérie Streptococcus mutans et il a réussi à synthétiser une molécule analogue qui rend cette bactérie plus sensible aux antimicrobiens.

D'autres travaux sur S. mutans, qui examinent notamment les mécanismes par lesquels cette bactérie module la surface cellulaire, sont menés par le Dr Song Lee dont le groupe s'intéresse à la pathogenèse du pathogène parodontal Treponema denticola et à l'immunité contre ce pathogène. En collaboration avec le Centre canadien de vaccinologie, le groupe du Dr Lee étudie également l'utilisation de S. gordonii recombinant comme excipient pour la production d'un vaccin oral vivant contre des maladies d'enfance telle la coqueluche.

Les biomatériaux, essentiels à l'étude des fonctions, de la guérison et de la régénération tissulaires, sont un autre champ d'intérêt du département. Je dirige actuellement un groupe qui a mis au point des stratégies de traitement à basse température pour la production de matrices uniques à base de polyphosphate de calcium destinées à l'administration de traitements localisés, en particulier contre des infections osseuses profondes dont l'éradication requiert habituellement l'administration d'une antibiothérapie massive et prolongée dans le siège de l'infection. En collaboration avec le Dr Jeff Dahn (Physique, Dalhousie), notre groupe mène aussi des études de biocompatibilité qui visaient au départ à quantifier efficacement l'adsorption de protéines sanguines courantes sur un ensemble compositionnel de surfaces de métal ou d'oxydes de métal synthétisées par de nouvelles méthodes combinatoires de pulvérisation cathodique. Cette technique révolutionnaire offre la possibilité de diriger «l'adaptation» de la chimie de la surface métallique de l'implant pour en améliorer le rendement global.

Alors que l'ingénierie tissulaire cherche à mettre au point des stratégies pour la régénération complète de tissus malades ou détruits, le programme de recherche du Dr Michael Lee s'intéresse à l'autre aspect du problème : comment la charge mécanique quotidienne prolongée qui s'exerce sur ces structures de remplacement et comment l'activité des systèmes inflammatoires de l'hôte mènent-ils à l'échec des produits obtenus par ingénierie tissulaire chez l'hôte? Le laboratoire de mécanique des tissus utilise la biochimie physique du collagène, la simulation de la fatigue mécanique et la culture de phagocytes pour examiner cette question sous divers angles.

Recherche et pratique clinique

Les matériaux dentaires demeurent un élément essentiel de toute pratique clinique. L'usage de plus en plus répandu des restaurations en résine composite – conjugué au désir d'élargir l'applicabilité de ces matériaux et d'en améliorer l'efficacité d'utilisation en cabinet – sert de toile de fond aux recherches novatrices menées par le Dr Richard Price du département des sciences dentaires cliniques. Le Dr Price cherche à approfondir les travaux dans ce domaine, au moyen d'un essai de microdureté combiné avec de nouvelles techniques de spectroscopie infrarouge, pour déterminer dans quelle mesure les lampes à polymériser permettent d'obtenir une dureté et une polymérisation optimales des résines composite. Nul doute que les résultats de ces travaux guideront l'élaboration de directives cliniques sur les lampes à polymériser et les réglages les mieux appropriés.

L'évaluation des besoins en matière de traitement est un autre aspect qui fait partie intégrante du travail de tout professionnel de la santé buccodentaire. Le Dr Blaine Cleghorn, vice-doyen aux cliniques, est l'un des chercheurs principaux qui participent à un projet en collaboration financé par les Instituts nationaux de la santé, dans le but de trouver une méthode plus précise pour le diagnostic des caries des faces proximales. À l'aide de techniques optiques combinant la spectroscopie Raman avec la tomographie en cohérence optique, l'équipe est à mettre au point une sonde pour évaluer les changements dans l'intégrité de la surface et la teneur minérale afin de pouvoir instaurer les traitements ou les stratégies de prévention appropriés.

L'évaluation de l'effet des traitements prescrits à l'aide d'une démarche fondée sur des données probantes revêt également une importance cruciale pour la profession dentaire. La Dre Kathy Russell, orthodontiste et chef de l'équipe de fentes palatines au Centre de santé IWK, est l'un des 6 premiers collaborateurs à la 1re étude nord-américaine intercentres («Americleft») sur l'issue des traitements dispensés à des patients présentant une fente labiale et palatine unilatérale complète. L'établissement de fiches de traitement et de méthodes d'évaluation normalisées, choisies à partir de la myriade de méthodes utilisées par les divers centres participants, a marqué une étape déterminante de cette étude.

L'étude Americleft sur les résultats des traitements

La Dre Kathy Russell compte parmi les 6 collaborateurs de l'étude Americleft, la première étude nord-américaine portant sur les résultats des traitements offerts dans de nombreux centres aux patients affligés de fentes labiales et palatines.

Bien que l'étude historique Eurocleft sur les anomalies craniofaciales ait été publiée en Europe en 2005, une initiative similaire portant sur de nombreux centres en Amérique du Nord s'imposait. Marilyn Cohen, orthophoniste et alors présidente de l'Association américaine de fente palatine-craniofaciale (ACPA – American Cleft Palate-Craniofacial Association) – a demandé au Dr Rusty Long, de Lancaster (Pennsylvanie), de diriger un groupe de travail sur Americleft avec la Dre Russell, qui était présidente du Comité de recherche de l'ACPA.

À la suite de cette collaboration et du travail de nombreuses autres personnes, un atelier portant sur les résultats orthodontiques obtenus auprès des patients présentant des fentes labiales et palatines a été tenu dans plusieurs centres en 2006. L'étude Americleft venait de naître. Ont participé à l'atelier de 2006 à Lancaster les Drs Rusty Long (États-Unis), Gunvor Semb (Royaume-Uni et Norvège), Bill Shaw (États-Unis), Kathy Russell (Canada), John Daskalogiannakis (Canada), Ron Hathaway (États-Unis), Ana Mercado (États-Unis) et Eric Howard (États-Unis), ainsi que Marilyn Cohen (États-Unis) et 2 résidents de la Clinique des fentes palatines de Lancaster.

Depuis la première rencontre, le groupe se réunit 2 fois par année pour parfaire l'étude. L'étude originale portait sur l'analyse des modèles d'étude des résultats des traitements orthodontiques donnés en utilisant le système de points Great Ormond Street London and Oslo (GOSLON), puis elle a été élargie de manière à y inclure des analyses céphalométriques, des évaluations esthétiques nasolabiales et les rapports entre ces évaluations de traitement.

Le nombre énorme de protocoles de traitement qui existent pour les patients affligés de fentes labiales et palatines rend très difficile l'examen des résultats des traitements. La tâche de normaliser les dossiers des traitements et les méthodes d'évaluation est également amplifiée par les grandes divergences qui existent entre les centres. Cependant, le groupe a consacré beaucoup de temps et d'efforts pour adopter une méthodologie qui soit valable et cohérente (voir www.acpa-cpf.org/research/americleft.htm).

La première étape de l'étude Americleft est maintenant terminée et une série de 5 manuscrits portant sur les résultats des traitements offerts aux patients présentant des fentes labiales et palatines unilatérales complètes ont été présentés à divers journaux scientifiques pour y être publiés. Les champs d'examen possibles pour les étapes secondaires de l'étude comprennent la greffe osseuse alvéolaire, le fardeau des soins et le modelage naso-alvéolaire.

— Dre Kathy Russell

En plus de collaborer aux recherches sur les fentes labiales, le département des sciences buccales et maxillofaciales participe à des études en collaboration avec la Faculté de médecine sur le diagnostic et le traitement des patients avec des anomalies dentosquelettiques qui sont atteints d'apnée du sommeil. Le cancer de la bouche est un autre important thème de recherche du département, qui mène notamment des études continues sur des marqueurs immunohistochimiques décelables dans les lésions buccales précancéreuses qui pourraient fournir d'importants renseignements sur l'étiologie du cancer de la bouche, tout en améliorant la cohérence du diagnostic et le traitement en découlant.

Les populations vulnérables – une démarche communautaire

Les fournisseurs de soins buccodentaires sont conscients des effets substantiels de la santé buccodentaire sur l'état de santé général et le bien-être de leurs patients. Certains segments de la société sont toutefois privés d'un accès adéquat à des soins buccodentaires. Étant la seule faculté de médecine dentaire des provinces de l'Atlantique, l'Université Dalhousie est consciente de son engagement régional à répondre aux priorités de recherche qui concernent l'ensemble de la population desservie. Nos récents efforts de recherche visant à combler les lacunes dans ce domaine ont un caractère varié, certains préconisant une démarche progressive et d'autres portant sur des activités bien en vue (voir a34_f). Ainsi, notre programme prévoit une stratégie de renforcement de la capacité de recherche et cherche également à obtenir des appuis provinciaux et régionaux pour la conduite de sondages sur la santé buccodentaire, par l'entremise de tribunes financées par les IRSC qui réunissent des membres de la communauté, des fournisseurs de soins buccodentaires, des universitaires et des responsables de la planification des politiques en matière de santé.

Une des pierres angulaires de ces efforts est l'enquête TOHAP (The Oral Health of our Aging Population), une étude transversale réalisée auprès de 330 personnes vivant dans des établissements de soins de longue durée et 747 personnes vivant dans la communauté, qui ont été interviewées et examinées pour évaluer la santé et les besoins buccodentaires des Néo-Écossais âgés de 45 ans et plus. Les premiers résultats d'importance révèlent que les personnes de 65 ans et plus sont 3 fois plus susceptibles de présenter des maladies parodontales non traitées et que 50 % des personnes vivant de façon autonome dans la communauté ne bénéficient d'aucune forme de couverture pour soins dentaires, cette proportion augmentant à 77 % dans les établissements de soins de longue durée. L'étude TOHAP servira à étayer d'autres études canadiennes de ce type et il est prévu d'en élargir la portée pour y inclure les populations autochtones et les nouveaux immigrants. Autre fait important, cette étude est compatible avec l'engagement pris par la Faculté de médecine dentaire en matière de programmes d'approche clinique. Les recherches novatrices de la Dre Mary McNally sur l'éthique de la pratique clinique, l'accès aux soins et la prestation des soins buccodentaires y sont également étroitement liées.

Avons-nous les moyens de faire de la recherche?

Les chercheurs et les administrateurs des universités sont souvent préoccupés par les «coûts de la recherche», qui se définissent habituellement en fonction des frais de main-d'oeuvre, des frais d'infrastructure et des coûts indirects. On peut cependant alléguer que les coûts seraient encore plus élevés si les facultés de médecine dentaire se retiraient de ce domaine. Essentiellement, la recherche documente ce que nous mettons en pratique pour le mieux-être ultime de la société. Il est donc difficile d'en mesurer les incidences monétaires (bien que les économistes de la santé pourraient très certainement trouver de bons arguments en faveur de la recherche sur la promotion et la santé et la prévention). L'influence de la recherche se reflète plutôt dans les connaissances acquises par les dentistes et les hygiénistes dentaires formés à dispenser les meilleurs soins possibles, ainsi que dans l'établissement de politiques et de services en matière de soins de santé qui reconnaissent adéquatement l'importance des soins buccodentaires.

Il ne fait aucun doute que cette faculté poursuivra sur cette voie positive et qu'elle continuera d'élargir et de diversifier ses projets de recherche qui, déjà, font mentir sa taille relativement petite. La collaboration qui s'est établie entre les 3 facultés des sciences de la santé de l'Université Dalhousie et les hôpitaux d'enseignement qui y sont affiliés, en vue d'élaborer une stratégie de recherche unifiée en santé incluant un programme intégré de formation en recherche, laisse également entrevoir une amélioration des initiatives interdisciplinaires et interprofessionnelles en recherche. Ces efforts viendront compléter les possibilités de formation interprofessionnelle en santé qu'offre déjà la Faculté et créeront un cadre d'enseignement, de formation professionnelle et de recherche sans égal pour nos étudiants en médecine et en hygiène dentaires.

L'AUTEUR

 

Le Dr Filiaggi est vice-doyen à la recherche, Faculté de médecine dentaire de l'Université Dalhousie, à Halifax (Nouvelle-Écosse). Courriel : mark.filiaggi@dal.ca.

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