Gestion électronique des dossiers

December 11, 2012

Première partie : Faiblesses des connaissances et des normes


Dr Jeff Glaizel

Les technologies de l'information (TI) font partie intégrante de la médecine dentaire. Peu de dentistes peuvent s'imaginer sans logiciel de gestion ou sans radiographie numérique. Selon un article à paraître de l'Université de Pittsburgh, 74 % des dentistes en pratique solo et 78,7 % de ceux en exercice collectif aux États-Unis utilisent un ordinateur pour gérer l'information clinique. En Scandinavie, plus de 90 % des dentistes stockent toute l'information sur support électronique.

Comme on se fie grandement aux TI pour offrir des services et faire fonctionner un cabinet, on pourrait croire (1) que les dentistes connaissent bien les technologies offertes et peuvent prendre des décisions éclairées et (2) qu'il y a des directives, des normes et des règles afférentes aux TI pour améliorer l'efficacité des cabinets, diminuer les frais des dentistes et protéger la profession, les dentistes, les patients et toutes les parties intéressées.

Malheureusement, la réalité est tout autre.

Selon mon expérience, bien des dentistes n'ont pas les connaissances requises pour répondre de manière  éclairée à leurs besoins en matière de TI. Or, leurs choix ont des incidences – que ce soit sur le respect de la vie privée, les risques pour la sécurité et la confidentialité ou la perte de temps de travail à cause d'une panne de matériel ou de logiciel.

Tous les dentistes terminent leurs études avec un bassin de connaissances qui s'élargira au fil du temps. Prenons comme exemple le contrôle des infections. Les organismes de réglementation en médecine dentaire de la Colombie-Britannique, de l'Alberta et de l'Ontario ont mis à jour récemment leurs lignes directrices dans ce domaine. Les dentistes possèdent les connaissances pour prendre des décisions éclairées en la matière – leur formation en microbiologie et en immunologie leur permet de chercher des produits et des services les aidant à respecter ces nouvelles lignes directrices. Ils sont aussi assurés que les produits offerts répondent aux normes de Santé Canada et de l'industrie.

Examinons maintenant les nouvelles lignes directrices sur les TI. Le Collège royal des chirurgiens dentistes de l'Ontario (CRCDO) a adopté des directives sur la gestion électronique des dossiers pour encadrer les dentistes qui utilisent et adoptent des TI. Toutefois, vu le manque de formation officielle en TI (rappelez-vous qu'il n'existe pas de département d'informatique dentaire au Canada), bien des dentistes sont mal armés pour poser les bonnes questions, encore moins pour prendre des décisions éclairées, afin que leur exercice réponde aux exigences minimales de ces directives. Vu notre dépendance croissante envers les TI, ces lacunes au niveau des connaissances sont préoccupantes.

De plus, même si presque toutes les facettes de notre profession – notamment le matériel, les membres de l'équipe dentaire, la construction des cabinets – sont réglementées, il n'y a pas de normes ou de lignes directrices précises (à part celles du CRCDO) pour les dentistes ou les fournisseurs qui élaborent des solutions de TI en médecine dentaire.

Pour mettre tout cela en perspective, examinons les risques financiers associés à une panne de matériel ou de logiciel. Supposons que vous arrivez à votre cabinet et que vos ordinateurs ne s'allument pas. Votre technicien réussit à régler le problème et se rend compte que toutes vos sauvegardes archivées des deux dernières années sont viciées.

Je m'inspire d'un fait vécu. Le dentiste a perdu deux semaines de travail et plus de deux ans de données. Cet exemple n'est qu'une des nombreuses conséquences coûteuses possibles découlant de notre dépendance envers la technologie sans avoir la formation, les directrices ou les normes nécessaires.

L'adoption d'une technologie dans un cabinet n'est pas sans risque. Les dentistes ont besoin de formation, de lignes directrices, de normes et de soutien pour s'y retrouver. Les associations, les organismes de réglementation et les écoles de médecine dentaire peuvent jouer un rôle important en ce sens.

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