Comprendre la prise de décision entourant la fluoruration de l’eau

May 8, 2013

Depuis 1953, l’Association dentaire canadienne (ADC) est favorable à la fluoruration des eaux municipales comme moyen sûr, efficace et économique de prévenir les caries chez tous les groupes d’âge. Malgré le soutien des experts et des organismes en santé publique, la fluoruration est loin de faire l’unanimité à l’échelle municipale au Canada. Depuis 2005, plus de 30 collectivités, y compris Calgary, Waterloo et Windsor1, ont voté pour l’abandon de la fluoruration des eaux municipales.

Quand les autorités municipales débattent de fluoruration, on cherche à se renseigner auprès des associations dentaires et professionnelles. Bien des dentistes se sont prononcés en faveur de la fluoruration lors de débats publics et ont présenté des données probantes de premier ordre en plus de faire valoir leur propre expérience en clinique, mais leurs efforts ont souvent été vains pour convaincre les autorités municipales ou le public des avantages de l’adjonction de fluorure à l’eau.

Selon le Dr Euan Swan, chef des programmes dentaires de l’ADC, les données scientifiques ne constituent qu’un des facteurs qui influenceront l’opinion publique dans ce dossier, mais il pourrait s’agir du plus important. « Pour se former une opinion sur la fluoruration, le public se laisse guider par des émotions ou des valeurs. Il s’agit foncièrement d’une question de confiance, explique le Dr Swan. Pour mobiliser l’opinion publique, les dentistes et autres spécialistes de la santé publique doivent reconnaître que la population s’inquiète de l’innocuité de cette pratique et réagir en conséquence. Si le public n’est pas en mesure d’évaluer la crédibilité des données présentées, qu’elles soient pour ou contre la fluoruration, il pourrait décider d’opter pour le statu quo – dans le doute, abstenons-nous. »

Pour éclairer les raisons pour lesquelles les décisions municipales vont parfois à l’encontre des recommandations des autorités en matière de santé publique, le Dr Swan rappelle un étude de 20072 parrainée par la Dental Health Foundation (aujourd’hui le Center for Oral Health) et la School of Public Health de l’Université de Californie à Berkeley. Cette étude a examiné le processus décisionnel des résidents de San Diego entourant la fluoruration de l’eau de leur ville. Elle a relevé que, même si les sympathisants et les opposants à la fluoruration s’entendaient sur plusieurs points clés, la méfiance s’était installée quand les gens ont senti que les experts défendaient ardemment un point de vue ou un objectif et qu’ils corrigeaient les méprises sans se soucier des préoccupations profondes de la population. « Les participants avaient tendance à voir de telles stratégies de justification comme étant manipulatrices et biaisées et que, devant ce qu’ils percevaient comme étant le discours de doreurs d’image, ceux ayant les opinions de départ les plus arrêtées ont dit n’avoir aucun bon moyen de repérer les arguments les plus crédibles. »

L’étude a conclu que, au lieu d’essayer de convaincre les gens des bienfaits de la fluoruration, il est plus important d’aborder ouvertement les préoccupations au sujet des risques. À Windsor, au moins un conseiller ayant voté contre la fluoruration était d’avis que les préjudices éventuels – y compris le manque d’essais cliniques sur les avantages et risques potentiels de l’eau fluorurée – n’avaient pas été pertinemment débattus. Dans une entrevue à l’émission The Agenda animée par Steve Paikin à TVO, le conseiller Bill Marra a affirmé que « la communauté médicale n’a pas très bien réussi à répondre aux préoccupations et aux questions [touchant l’innocuité]. Alors des doutes se sont installés. Cela a allumé des clignotants. »

En comprenant les préoccupations de la population et en partant d’une base commune pour mobiliser le public, on peut instaurer la confiance. « Il est toutefois difficile d’y arriver une fois qu’une campagne de fluoruration est en marche », souligne le Dr Swan. L’étude a montré que même si l’on ne peut pas miser sur la confiance du public vis-à-vis des organismes scientifiques et médicaux, les gens continuent à avoir grandement foi en leur propre dentiste. « Alors, les dentistes peuvent discuter de fluoruration avec leurs patients en vue de mobiliser l’appui du public. »

Références

  1. Krishnan M. Are anti-fluoridation activists coming to your town? Maclean’s (version Web). 2013 Feb 9 (consulté le 25 avril 2013). Disponible au : http://www2.macleans.ca/2013/02/09/something-in-the-water/.
  2. Viewpoint Learning, Inc. Rosell S, Furth I. Dental Health Foundation and School of Public health, University of California, Berkeley. Effectiveness of Population-Based interventions to Promote Oral health: Understanding Public Judgment on Science-Intensive Issues: San Diego Dialogues on Community Water Fluoridation. October 2007 (consulté le 25 avril 2013). Disponible au : http://www.viewpointlearning.com/wp-content/uploads/2011/04/Undetstanding_Public_Judgment_on_Science-Intensive_Issues_San_Diego.pdf

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